jeudi 1 octobre 2026

Qu’est-il advenu de la neutralité suisse ?

 



Par Martin Armstrong
Armstrong Economics
1er octobre 2026


La Suisse a bâti sa réputation, au fil des générations, sur un principe simple : la neutralité. Elle a survécu à deux guerres mondiales sans prendre parti, est devenue un lieu de rencontre diplomatique précisément parce qu’elle se situait en dehors des alliances militaires qui l’entouraient, et a transformé cette indépendance en un atout économique considérable. Les capitaux faisaient confiance à la Suisse car elle était censée rester à l’écart des conflits des autres. Or, même cette définition est en train de changer.

Les électeurs suisses ont massivement rejeté une initiative qui aurait inscrit une forme beaucoup plus stricte de neutralité dans la Constitution. La proposition a été rejetée par 70,15 % des voix contre 29,85 %, avec un vote négatif dans toutes les circonscriptions et un taux de participation de 47,06 %. L’initiative aurait interdit à la Suisse de coopérer avec des alliances militaires ou de défense, sauf en cas d’attaque ou d’attaque imminente, et aurait empêché Berne d’imposer des sanctions aux nations belligérantes sans l’approbation des Nations Unies.

Le gouvernement suisse s'est opposé à la proposition car il souhaitait préserver sa liberté de coopérer avec d'autres pays en matière de sécurité et d'imposer des sanctions de manière indépendante. Ce vote n'a pas entraîné l'adhésion de la Suisse à l'OTAN, et les électeurs n'ont pas non plus formellement aboli la neutralité. De fait, les sondages montrent toujours un soutien massif de l'opinion publique au maintien de la neutralité. Ce qu'ils ont rejeté, c'est une définition constitutionnelle beaucoup plus rigide de ce que doit signifier la neutralité.

Jusqu'à quel point une nation peut-elle être neutre avant que le mot lui-même ne perde son sens ? Après le début de la guerre, la Suisse a largement adopté les sanctions de l'Union européenne contre Moscou. Berne a continué de s'aligner sur les plans de sanctions ultérieurs, notamment les mesures visant l'énergie, la banque et le secteur militaro-industriel russes. La Suisse coopère également avec l'OTAN depuis des décennies dans le cadre du Partenariat pour la paix et d'activités conjointes, tandis que son ministre de la Défense a plaidé pour une coopération plus étroite en matière de sécurité face à la réponse européenne à la guerre en Ukraine.

Les partisans de l'initiative rejetée ont fait valoir que c'est précisément ainsi que la neutralité disparaît. Elle ne s'évapore pas du jour au lendemain lorsqu'on abaisse le drapeau suisse et qu'on hisse celui de l'OTAN. Elle s'érode progressivement.

Les opposants ont avancé l'argument inverse. On disait qu'une neutralité rigide entraverait l'action de la Suisse, l'empêcherait de réagir économiquement aux violations du droit international et affaiblirait sa capacité à coopérer avec ses partenaires européens en matière de sécurité. C'est pourtant le choix auquel les électeurs suisses étaient confrontés, et ils ont massivement décidé que la neutralité ne devait pas empêcher leur gouvernement d'utiliser des sanctions ni de coopérer avec l'OTAN.

Soit. C'est la démocratie. Le peuple suisse a voté et le résultat ne pouvait être plus clair. Mais il y a là un enjeu économique qui dépasse largement le cadre de la Russie et de l'Ukraine. La neutralité de la Suisse n'a jamais été une simple tradition politique romantique. Elle est devenue partie intégrante de son architecture financière. La neutralité a contribué à faire de la Suisse un lieu où gouvernements, entreprises et capitaux privés concurrents pouvaient opérer, précisément parce que le pays était perçu comme à l'écart des conflits géopolitiques. Cette réputation a permis à Genève de devenir un centre diplomatique et à la Suisse l'une des grandes places financières mondiales.

Dès lors qu'on instrumentalise la finance, les sanctions, les réserves et l'accès aux marchés, les capitaux commencent à envisager le risque politique différemment. C'est ce que les gouvernements peinent à comprendre. L'argent se moque des discours sur la morale. Capital s'interroge : les règles resteront-elles les mêmes demain ?

La saisie et le gel des avoirs russes à travers l'Occident ont bouleversé la donne pour les gouvernements du monde entier. Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la Chine, l'Arabie saoudite, les États du Golfe et tous les autres détenteurs d'importantes réserves de change ont observé attentivement les événements. Ils ont compris que les actifs financiers peuvent se transformer en armes géopolitiques lorsque les relations se détériorent. Cette leçon ne disparaît pas pour autant, même si les gouvernements occidentaux estiment leur cause justifiée.

Ce phénomène s'inscrit également dans une transformation bien plus vaste qui s'opère à travers l'Europe. L'Allemagne reconstruit son armée et débat du service militaire obligatoire. La France a instauré un nouveau programme de service national volontaire, tandis que son commandement militaire met en garde la population contre les sacrifices potentiels en cas de confrontation avec la Russie. Les membres de l'OTAN augmentent considérablement leurs dépenses de défense. L'Union européenne développe une industrie de défense de plus en plus intégrée. Même les États traditionnellement neutres repensent la signification de la neutralité dans un contexte dominé par la guerre en Ukraine.

La Finlande et la Suède ont déjà abandonné leur non-alignement militaire pour rejoindre l'OTAN. L'Autriche demeure officiellement neutre mais participe aux sanctions de l'UE contre la Russie. L'Irlande débat de sa propre posture en matière de sécurité. La Suisse reste militairement neutre, mais le fossé politique entre l'Europe neutre et l'Europe de l'OTAN s'est indéniablement réduit.

C'est ainsi que les systèmes politiques évoluent. Il est rare que tout se produise simultanément. Chaque décision est présentée comme une réponse limitée à la crise immédiate. Les gouvernements soutiennent que rien de fondamental n'a changé, car, techniquement, l'ancienne politique demeure en vigueur. Puis, un jour, en regardant en arrière, on découvre que l'institution conservant l'ancienne appellation ne ressemble plus à ce que les générations précédentes entendaient par ce terme.

Le peuple suisse est tout à fait libre de redéfinir la neutralité comme bon lui semble. C'est là l'une des vertus de la démocratie directe suisse. Contrairement à Bruxelles, où les décisions sont prises par des bureaucrates éloignés des électeurs, les Suisses soumettent réellement la question à leurs citoyens. Ces derniers ont voté massivement contre l'inscription de l'ancienne définition dans la Constitution. Toutefois, les marchés porteront également leur propre jugement.

This article was originally published on Armstrong Economics.


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2 - Les fausses hypothèses sous-jacentes à l’affolement européen au sujet de la «Guerre contre la Russie»


Par Alastair Crooke
Mondialisation.ca, 
30 septembre 2026


Ces derniers jours, les classes politiques européennes montent le volume au maximum sur des infos clairement concertées et partagées : « La guerre avec la Russie approche ; la Russie a l’intention de frapper l’OTAN ; nous devons nous préparer ; approvisionnez-vous en bouteilles d’eau, en conserves et soyez prêts à offrir vos enfants à la conscription militaire » – « Beaucoup mourront mais c’est leur devoir de défendre leur pays« .

Quelle absurdité ! Pour faire valoir ce point, les dirigeants européens, y compris le Haut Représentant de l’UE, Kallas, et le chancelier allemand, Merz, se sont récemment délibérément habillés en tenue de camouflage pour montrer qu’ils sont “prêts à se défendre” lors du Sommet européen sur l’Arctique le 14 septembre. (Ces politiciens européens peuvent être vus en treillis militaire ici).

Ils ont l’air absurdes. Pourtant, cela ne peut pas vraiment détourner de la question : Quelle est exactement cette hystérie qui saisit les technocrates européens ?

À première vue, le message commun selon lequel la Russie est sur le point d’attaquer l’Europe et que la guerre approche n’a aucun sens. L’Europe n’a ni les hommes, ni les munitions, ni les finances, ni la capacité industrielle de faire la guerre à ce qui peut aujourd’hui être considéré comme une « grande puissance » militaire de premier plan, ainsi que l’État possédant le plus grand inventaire d’armes nucléaires.

ZeroHedge fait remarquer que :

Parmi les fournisseurs les plus bruyants de ce récit non étayé [de menace d’attaque russe] figurent les dirigeants des États baltes. Par exemple, cette semaine, le président letton, Edgars Rinkevics, est allé jusqu’à dire que les « attaques » russes contre l’UE et l’OTAN ont déjà commencé. Les pays baltes publient même des plans de préparation aux situations d’urgence pour leurs populations, alléguant un scénario de style Aube rouge”.

“Nous ne parlons pas d’une guerre conventionnelle. Nous parlons de toutes sortes de provocations, de toutes sortes d’actes de sabotage, de toutes sortes de tests, et c’est certainement quelque chose qui se passe déjà au moment où nous parlons”, a déclaré le dirigeant letton.

« Le Premier ministre polonais Donald Tusk a affirmé cette semaine que la Russie pourrait lancer des attaques sporadiques qu’elle prétendra “accidentelles” afin de “paralyser ou au moins affaiblir la motivation des pays de l’OTAN », comme cité dans Associated Press. « Il existe un risque réel que des drones ou d’autres types de projectiles pénètrent sur le territoire d’un ou plusieurs pays du flanc oriental et provoquent même des destructions », a ajouté Tusk, avertissant: « Moscou pourrait aller jusqu’à lancer une attaque aérienne sous une forme ou une autre sur le territoire de l’OTAN dans les prochains mois pour montrer que l’engagement de défense commune de l’alliance militaire au titre de l’article 5 n’est guère plus que quelques mots sur un morceau de papier ».

Les dirigeants européens se préparent donc psychologiquement à appuyer sur la gâchette de l’article 5 contre une grande puissance nucléaire.

À la suite de ce battage médiatique, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov a explicitement averti :

“Je voudrais souligner que nous n’avons aucun intérêt à nous engager dans cela [attaquer l’Europe], mais si l’Europe, qui parle quotidiennement de se préparer à la guerre contre la Russie, attaque la Russie, ce sera une guerre complètement différente – et elle sera très courte”.

Que se cache-t-il derrière cette apparente absurdité ? D’une part, il est clair que les couches dirigeantes bruxelloises voient leurs erreurs stratégiques (soutien sans limites à l’Ukraine, sacrifice du modèle économique européen sur l’autel de la pression sur la Russie, soutien à la guerre en Iran et indifférence à la souffrance au Moyen-Orient) leur revenir en pleine figure.

Leur peur envers la Russie sent le désespoir, plutôt qu’une réflexion approfondie et une diligence raisonnable sur les risques très réels de médiatiser la guerre de cette manière. L’Establishment voit sans aucun doute que la crise énergétique découlant de la guerre américano-israélienne contre l’Iran n’est plus « à venir« , mais est déjà là.

Ils peuvent voir le coût de la vie grimper, les emplois s’évaporer et l’effondrement prochain des marchés, principalement sur le marché obligataire (dont le niveau des taux d’intérêt définit la valeur de tous les autres actifs à risque). Voyant cela, ces politiciens en péril ont peut-être conclu que déclencher la peur est le seul moyen de détourner l’attention de leurs propres échecs, et peut-être de leur donner l’espoir de survivre au prochain cycle électoral.

La survie est une motivation clé mais, probablement aussi, la psyché des élites est soutenue par deux hypothèses qui sont fausses, mais apparemment plausibles pour la classe politique.

La première erreur est que la Russie a lancé une guerre préventive en février 2022 pour s’emparer de Kiev et d’environ 60% de l’Ukraine.

Les événements antérieurs en Syrie expliquent la réalité : la Russie est officiellement entrée dans le conflit civil syrien en septembre 2015, à la demande du président Assad. L’intervention russe s’est avérée d’une portée limitée — un déploiement aérien très limité (28 à 34 avions) et le minimum de forces spéciales de combat (la contribution de la Russie comprenait principalement des conseillers militaires, des contrôleurs aériens et de la police militaire).

La présence de la Russie en Syrie était intentionnellement symbolique — une déclaration d’intention sérieuse, plutôt qu’un désir de s’engager dans une guerre terrestre. En fait, l’objectif de Moscou était d’éviter les combats terrestres directs. Néanmoins, les frappes aériennes russes — avec le soutien des troupes terrestres iraniennes — ont aidé l’armée syrienne à repousser les forces djihadistes d’Alep. Cela a conduit à une trêve négociée par la Russie et la Turquie à la fin de 2016 et au processus de paix d’Astana qui a débuté peu de temps après.

La tactique de Poutine à Alep a visiblement défini le modèle de sa tactique initiale à l’égard de l’Ukraine. La Russie a déployé environ 15 000 à 30 000 hommes à l’extérieur et autour de Kiev, lors de l’assaut initial, début 2022. Le récit européen selon lequel cette force était destinée à s’emparer de Kiev est risible — 40 000 soldats pourraient remplir une place de la ville, mais peuvent-ils prendre une ville de plus de trois millions d’habitants ? Ridicule.

Néanmoins, les commentateurs européens et américains – y compris le commentateur américain Robert Pape – affirment que depuis que la tentative de s’emparer de Kiev s’est effondrée, combinée au corollaire selon lequel Poutine s’attendait à ce que sa démonstration symbolique d’une « intention sérieuse » de faire reculer l’OTAN suggère – selon Pape – que Poutine est pris dans le piège de l’escalade. Pape soutient que Poutine a cherché une victoire rapide en 2022 mais, après avoir échoué, s’est retrouvé « piégé » en devant maintenir l’escalade avec des perspectives de succès de plus en plus mauvaises ; d’où l’échec de Poutine. « Ce n’est qu’une question de temps » dit-il.

Loin d’être un échec, la démonstration de force de Moscou en Syrie, aussi petite fut-elle, a fonctionné ; Astana fut donc un modèle tiré de l’expérience syrienne. À la fin du mois de mars 2022, le Processus d’Istanbul avait produit le Communiqué d’Istanbul, un cadre pour un règlement du conflit avec l’Ukraine. Cette dernière initiative a échoué pour une seule raison – Boris Johnson l’a torpillée – et la Russie a été contrainte de se regrouper, ce qu’elle a réussi à faire, mais au prix d’une longue guerre d’usure et de la perte inutile de centaines de milliers de vies ukrainiennes.

Non, c’est plutôt Boris Johnson qui a entraîné l’Europe dans le piège de l’escalade.

Les Européens, semble-t-il, étayent leur « réussite » dans la guerre contre la Russie d’une part sur l’assurance que la prise de Kiev fut un échec et d’autre part, sur le recours exagéré aux sanctions financières. L’ancien ministre français des Finances, Le Maire, dans un moment d’exaltation, a déclaré “une guerre économique et financière totale contre la Russie”. Il a insisté sur le fait que les sanctions étoufferaient et feraient s’effondrer l’économie russe. En pratique, la Russie, après 2007, est passée à un modèle économique national (autosuffisant) et prospère toujours.

Alors, qui a piégé qui ? La prémisse centrale de l’Occident selon laquelle la Russie s’est retrouvée piégée dans l’escalade à partir du moment où le plan, inexistant, de s’emparer de Kiev a échoué inverse la situation.

C’est cette analyse erronée faite par l’Occident qui le piège dans une escalade d’actions qui risquent par inadvertance d’entraîner l’Europe dans une guerre contre la Russie ; une guerre qu’aucun Européen ne veut.

Alastair Crooke

Article original en anglais : The Faulty Premises Underlying Europeans’ ‘War on Russia’ Hyper-Ventilation, Conflicts Forume, le 28 septembre 2026,

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.


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3 - La guerre arrive, la guerre arrive – Rejet de l’initiative sur la neutralité suisse. «Préparez vos enfants à défendre l’Europe»


Par Peter Koenig
Mondialisation.ca, 
30 septembre 2026



« La guerre arrive, la guerre arrive », remplace en quelque sorte « Les Russes arrivent, les Russes arrivent… », et oui, c’est une guerre de lavage de cerveau, et l’OTAN est en train de gagner.

L’OTAN contrôle toute l’Europe par le biais de son bras armé, l’Union européenne (UE), qui est étroitement guidée par l’OTAN.

L’OTAN vient de remporter une victoire en Suisse (Démocratie) contre une initiative populaire en faveur de la neutralité.

Endoctrinés par la propagande de guerre du gouvernement suisse, les Suisses ont rejeté l’initiative pour la neutralité (IN) à plus de 70 %.

L’IN demandait que la Suisse soit bel et bien un pays neutre et que cette neutralité soit inscrite dans la Constitution suisse, ce qui n’est pas le cas à ce jour.

Ce qu’il est tout aussi important de savoir pour ces fervents partisans de l’OTAN, c’est que

« Les Trois Mousquetaires », un pour tous et tous pour un, le (tristement) célèbre article 5 des statuts de l’OTAN, ne s’applique plus universellement, si tant est qu’il l’ait jamais fait.

En bref, cet article énonce le principe fondateur de l’OTAN, à savoir la défense collective. Il stipule qu’une attaque armée contre un État membre est considérée comme une attaque contre tous les membres.

Cependant, le président Trump a clairement fait savoir que les États-Unis n’interviendraient plus en Europe ; que les États européens membres de l’OTAN sont responsables de leur propre défense et qu’ils doivent mettre la main à la poche en consacrant, d’ici 2035, environ 5 % de leur PIB à leur budget militaire, les États-Unis ayant suffisamment contribué par le passé. Il appartient désormais aux Européens de prendre en charge les coûts de défense (de guerre) de l’OTAN.

La formulation de l’article 5 est suffisamment vague pour laisser place à différentes interprétations. Voir le texte intégral ici

De l’Europe à l’Asie de l’Est, les alliés des États-Unis sont confrontés à une question difficile : jusqu’où Washington irait-il pour les défendre ? L’article 5 de l’OTAN offre un point de départ révélateur. Voir également ceci.

Le gouvernement suisse, qui se rapproche de plus en plus de l’OTAN – ou, si vous préférez, qui entretient des relations étroites avec l’OTAN –, se rend-il compte de ce que signifie dépendre de l’OTAN ? Il en est probablement conscient et, d’une manière ou d’une autre, subit des pressions pour devenir une nouvelle marionnette de l’OTAN par l’intermédiaire de l’UE. Il existe de nombreuses façons d’exercer des « pressions », dont certaines frôlent le chantage.

Mais soyons également réalistes. Cette « pression » ne vient pas uniquement de l’extérieur. Il existe en Suisse d’énormes intérêts économiques qui souhaitent des relations plus étroites avec l’OTAN, et le meilleur moyen d’y parvenir est l’UE. Peu de gens savent – ou comprennent – que la Suisse est peut-être le seul pays industrialisé occidental qui autorise ses parlementaires à siéger dans autant de conseils d’administration d’entreprises, de banques, de compagnies d’assurance – etc. – qu’ils le souhaitent. Certains cumulent jusqu’à 30 mandats d’administrateur.

Devinez où se situent leurs intérêts premiers ? Certainement pas auprès du peuple qu’ils sont censés représenter, mais bien au sein du monde des affaires qu’ils défendent.

Mis à part la dépendance à venir vis-à-vis de l’OTAN pour se défendre contre la menace russe – qui n’est qu’un fantasme fondé sur la peur et purement imaginaire, ET QUI N’EXISTE PAS, N’A JAMAIS EXISTÉ –, la Suisse devrait augmenter son budget militaire d’ici 2035, pour le faire passer de 6,3 milliards de francs suisses (7,6 milliards de dollars américains) actuellement, soit 0,7 % du PIB, à un montant compris entre 30 milliards de francs suisses (3,5 % du PIB) et 43 milliards de francs suisses (5 % du PIB), soit une multiplication par cinq.

D’où viendrait cet argent ? Toujours des mêmes sources, comme en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et dans tous les pays de l’UE : les secteurs sociaux, les retraites, la santé, le chômage et les autres programmes de lutte contre la pauvreté.

En d’autres termes, selon les critères de niveau de vie suisses, le taux de risque de pauvreté s’élevait déjà à 16,4 % en 2025, ce qui correspond à un revenu inférieur à 60 % de la médiane nationale. Le taux de pauvreté s’élève à 8,4 %. En Suisse, l’un des pays réputés les plus riches du monde, parler de pauvreté est tabou. Ces dépenses militaires seraient financées par différentes hausses d’impôts, mais principalement par une réduction des dépenses consacrées aux programmes sociaux. Cette situation, conjuguée à l’afflux constant d’immigrés, pourrait faire augmenter considérablement le niveau de pauvreté en Suisse au cours de la prochaine décennie.

Les citoyens doivent savoir à quoi s’attendre s’ils laissent leur gouvernement poursuivre sa politique d’alignement sur l’OTAN. Sachez que ces fonds du budget militaire iront principalement au complexe militaro-industriel américain, souvent pour du matériel militaire hors de prix, à savoir les avions de chasse F-35 (tout à fait inadaptés à la petite Suisse) et les systèmes de défense Patriot (également inefficaces contre les missiles de guerre modernes), qui n’ont d’ailleurs pas encore été livrés ; et s’ils le sont un jour, ils risquent d’être obsolètes ou de nécessiter des années pour être correctement installés par du personnel militaire formé. Voir également cet article du diplomate suisse Jean-Daniel Ruch (en français).

L’OTAN et ses guerres tuent, c’est-à-dire qu’elles visent à réduire la population par tous les moyens (un élément clé de l’Agenda 2030 de l’ONU), et ce faisant, elles enrichissent encore davantage les riches, ces sionistes qui contrôlent les banques, Wall Street, la City de Londres et, bien sûr, le complexe militaro-industriel mondial, qui canalisent tous des milliards vers les poches des mêmes milliardaires, tandis que le reste du monde – principalement l’Europe pour l’instant, et dans une certaine mesure les États-Unis – s’appauvrit de jour en jour.

Pour en rester au syndrome de « la guerre arrive » et à la suprématie européenne de l’OTAN, la victoire écrasante de l’OTAN, avec 70 % de « NON » contre l’Initiative pour la neutralité, est une leçon amère à retenir pour les autres candidats européens à la neutralité, notamment l’Autriche et l’Irlande. L’Initiative pour la neutralité demandait que la Suisse soit bel et bien un pays neutre et que cette neutralité soit inscrite dans la Constitution suisse, ce qui n’est pas le cas à ce jour.

Un « oui » aurait fait de la Suisse un pays neutre armé ; armé pour se défendre, mais jamais pour agresser d’autres pays ou parties.

Que ce bref rappel ravive les mémoires : en 1815, après la défaite de Napoléon, les puissances européennes (Autriche, France, Grande-Bretagne, Prusse, Russie, Portugal, Espagne, Suède) ont convenu que la Suisse devait devenir un État indépendamment et définitivement neutre, en partie parce que la neutralité suisse était considérée comme étant dans l’intérêt général de la sécurité européenne.

Il ne s’agissait en aucun cas d’une neutralité imposée à la Suisse. Entre 1813 et 1815, les autorités suisses ont activement cherché à obtenir la reconnaissance internationale de la neutralité suisse. La neutralité suisse était donc à la fois un choix politique suisse et un statut reconnu et garanti au niveau international après 1815.

Pourquoi ce contrat international de neutralité n’a-t-il jamais été inscrit dans la Constitution suisse, par exemple en 1848, lors de la rédaction de la Constitution actuelle ?

Un « oui » au référendum du 27 septembre 2026 (dimanche dernier) aurait fait de la Suisse un pays de « bons offices », c’est-à-dire un pays qui apporte son aide en matière de diplomatie, sert de médiateur entre des parties belligérantes ou en conflit, un pays qui fait respecter les droits de l’homme et les Conventions de Genève, un pays qui n’applique PAS de sanctions simplement parce qu’on le lui demande ou parce que des intérêts commerciaux souhaitent suivre un « programme de sanctions » de l’UE ou des États-Unis, comme sanctionner la Russie, un pays qui n’a jamais fait de mal à la Suisse.

La Suisse serait devenue une nation traitant tous les autres pays sur un pied d’égalité – sans faveurs ici ni sanctions là. Pas de sanctions, mais une aide pour résoudre les problèmes.

Les seules sanctions qu’un pays neutre puisse légalement adopter sont celles prononcées par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Des enquêtes indépendantes menées environ deux ans avant le référendum sur l’indépendance (NI) du 27 septembre 2026 indiquaient qu’entre 70 % et 80 % de la population souhaitait une Suisse indépendante, souveraine et NEUTRE.

Comment cette aberration, à savoir un « NON » à 70 % à l’initiative nationale, a-t-elle pu se produire ? Grâce à une propagande de la peur constante et bien orchestrée – en réalité, une propagande mensongère effroyable – menée par le gouvernement suisse, qui a progressivement endoctriné la population suisse en lui faisant croire que « Poutine pourrait envahir la Suisse, comme il l’a fait en Ukraine ».

Premièrement, Poutine n’a pas « envahi l’Ukraine ». Il existe une longue histoire, remontant bien avant 2014 (le coup d’État du Maïdan à Kiev, orchestré par les États-Unis et l’Union européenne), de provocations de l’OTAN et de massacres scandaleux perpétrés par les nazis ukrainiens à l’encontre des populations russophones, principalement dans les régions orientales du Donbass en Ukraine (les bataillons nazis d’Azov, qui combattaient aux côtés d’Hitler contre la Russie et sont toujours en vie). Jusqu’à l’intervention russe en février 2022, plus de 14 000 civils, dont 70 % de femmes et d’enfants, ont été assassinés dans les régions du Donbass. Selon Jens Stoltenberg, l’ancien secrétaire général de l’OTAN, le conflit ukrainien actuel a commencé dès 2014, voire avant. Ce sont ses propres mots.

Mais la plupart des Suisses, des Européens – ou des Américains, d’ailleurs – n’ont aucune idée de ces détails historiques, car on ne leur dit jamais la vérité. Et si un mensonge est répété à suffisamment de reprises, il devient la vérité. La haine injustifiée envers Poutine fait partie de ces « vérités ».

Comment le gouvernement suisse, tant au niveau exécutif (sept conseillers fédéraux) que législatif (un parlement bicaméral, calqué sur le modèle américain lors de la rédaction de l’actuelle Constitution suisse de 1848), parvient-il à convaincre les 9 millions de citoyens suisses sur lesquels il règne [la démocratie n’étant plus qu’un simple écran de fumée] de ces mensonges aberrants fondés sur la peur ?

C’est simple.

Les médias suisses sont achetés comme aucun autre média dans le monde occidental.

Voici les chiffres fournis par l’intelligence artificielle (IA) concernant les « subventions » suisses accordées aux médias : 160 CHF par habitant (environ 200 dollars américains) – soit 3,5 fois plus que la subvention moyenne de l’UE (environ 47 CHF) et 120 fois plus que la subvention américaine (environ 1,35 CHF). Ce simple fait révèle une réalité qui n’a jamais été officiellement évoquée.

Ces subventions pourraient tout aussi bien être qualifiées de « corruption » ; et elles contribuent certainement à expliquer comment leur mécanisme de mensonge, fondé sur la peur et l’appel à la guerre, fonctionne si efficacement, au point de transformer un soutien de 70 % à 80 % en faveur de la neutralité en un vote négatif à 70 %, deux ans plus tard.

Pire encore, la grande majorité des Suisses n’a aucune idée que l’appareil de mensonge du gouvernement est en grande partie financé par leurs impôts.

L’exemple cité dans cet article est celui de la petite Suisse, au cœur de l’Europe. Mais les mêmes règles fondamentales – ou mécanismes de mensonge – s’appliquent dans l’ensemble du monde occidental, au sein de l’Union européenne ainsi qu’aux États-Unis, et de plus en plus en Amérique latine également, où la « doctrine Monroe 2.0 » – également appelée « doctrine Donroe » – est mise en œuvre par Donald Trump et son conseiller aux affaires étrangères, Marco Rubio.

Une grande partie de l’Amérique centrale et la majeure partie du nord et de l’ouest de l’Amérique du Sud fonctionnent déjà selon les règles de la doctrine Monroe 2.0 / Donroe : le Salvador, le Guatemala, le Panama, le Venezuela, la Colombie, l’Équateur, le Pérou, l’Argentine, le Chili – pour n’en citer que quelques-uns.

Et comme si cela ne suffisait pas, le mensonge selon lequel « la guerre approche », ou le syndrome des « cochons de guerre », comme l’appelle Alex Krainer (Substack d’Alex Krainer, 26 septembre 2026), est également subtilement inculqué dans les écoles.

Les dirigeants européens (sic), à commencer par l’ancien Premier ministre britannique le plus agressif, Boris Johnson (celui qui a saboté l’accord de paix entre Kiev et Moscou, négocié à Istanbul, en Turquie en mars 2022), suivis par le Français Emmanuel Macron, l’Allemand Friedrich Merz et, bien sûr, à un niveau moindre, d’autres pays de l’UE – préparent leurs jeunes générations, ces jeunes hommes et femmes qui constituent l’avenir de l’Europe, à se préparer mentalement à la guerre, à être prêts à défendre leur patrie contre la Russie. En d’autres termes, à être prêts à servir de chair à canon pour les riches et les célèbres, les politiciens du « gouvernement mondial ».

Il y a de l’espoir. Et cet espoir, c’est de faire connaître cette vérité au peuple.

Les populations DOIVENT se réveiller de leur torpeur confortable, afin de ne plus se contenter d’accepter les mensonges de leur gouvernement – pour être précis, les mensonges que le gouvernement leur a inculqués.

Car aucun gouvernement occidental n’a été élu par le peuple aujourd’hui.

Ils sont tous mis en place par des puissances étrangères « invisibles », celles qui règnent sur le système monétaire occidental, y compris celles qui contrôlent la City de Londres et l’appareil bancaire de Wall Street qui y est lié.

Il y a de l’espoir. Et cet espoir, c’est de faire connaître cette vérité au peuple.

Les populations DOIVENT se réveiller de leur torpeur confortable, afin de ne plus se contenter d’accepter les mensonges de leur gouvernement – pour être précis, les mensonges que le gouvernement leur a inculqués.

Car aucun gouvernement occidental n’a été élu par le peuple aujourd’hui.

Ils sont tous mis en place par des puissances étrangères « invisibles », celles qui règnent sur le système monétaire occidental, y compris celles qui contrôlent la City de Londres et l’appareil bancaire de Wall Street qui y est lié.

Peter Koenig

Article original en anglais :

War is Coming, War is Coming – Defeat of the Swiss Neutrality Initiative. “Prepare your Kids to Defend Europe”

Traduction : Mondialisation.ca

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Peter Koenig est un analyste en géopolitique et un ancien économiste principal à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où il a travaillé pendant plus de 30 ans dans le monde entier. Il est l’auteur de Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed et co-auteur du livre de Cynthia McKinney « When China Sneezes : From the Coronavirus Lockdown to the Global Politico-Economic Crisis » (Clarity Press – 1er novembre 2020).

Peter est chercheur associé au Centre de recherche sur la mondialisation (CRG). Il est également Senior Fellow non-résident de l’Institut Chongyang de l’Université Renmin de Pékin.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca


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4 - La flambée des prix du diesel aux États-Unis pèse sur les écoles, les exploitations agricoles et les banques alimentaires


30/09/2026 
Sterling Ashworth


Vendredi, le prix moyen du diesel aux États-Unis avoisinait les 6,50 dollars le gallon, juste en dessous du record de 6,53 dollars établi le 22 septembre et en forte hausse par rapport aux 3,69 dollars enregistrés un an plus tôt, selon des données de l'AAA citées dans divers rapports [1]. La moyenne nationale a franchi la barre des 6 dollars en septembre, dépassant le précédent pic de 5,82 dollars le gallon atteint le 17 juin 2022, à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie [2].

Cette hausse alourdit les coûts d'exploitation pour les districts scolaires, les agriculteurs, les entreprises de construction, les banques alimentaires et les transporteurs routiers, selon CBS News. Responsables et chefs d'entreprise indiquent chercher des moyens de réduire les coûts ou de répercuter la hausse des dépenses de carburant sur les clients.

Le diesel étant le principal carburant utilisé pour le transport routier de marchandises, l'agriculture, la construction ainsi que le fret ferroviaire et maritime, ce niveau de prix record se répercute sur le coût de la quasi-totalité des marchandises acheminées par route ou par rail [1]. Le diesel alimente environ 66 % des camions de transport de marchandises, des engins agricoles, des trains et des navires, intégrant ainsi son coût au prix de pratiquement tous les produits physiques [3].

Les districts scolaires envisagent de réduire les trajets face à la hausse du coût du carburant pour les bus
Le district scolaire de Cherry Creek, dans le Colorado, utilise du diesel pour faire rouler plus de 300 bus transportant environ 24 000 élèves. Le district doit faire face à un surcoût de 500 000 dollars pour le diesel cette année, portant son budget carburant total à environ 2 millions de dollars, contre 1,5 million initialement prévu, a déclaré Mark Ingram, directeur des transports, à CBS News Denver.

M. Ingram a précisé que le district envisageait de regrouper certains itinéraires et de limiter certaines sorties scolaires afin de réduire les dépenses de carburant. Le prix moyen du diesel dans le Colorado s'établit désormais à 6,16 dollars le gallon (3,785 litres), contre 3,51 dollars il y a un an, selon les données de l'AAA. Raptor Roll Offs, une entreprise de gestion des déchets et de location de bennes basée dans le Colorado qui utilise des camions diesel dans la région de Denver, pourrait devoir répercuter la hausse des coûts du carburant sur ses clients, a déclaré son propriétaire, George Dempsey, à CBS News Denver. « Nous tenons bon aussi longtemps que possible », a affirmé M. Dempsey. « Nous ne pouvons pas tout absorber nous-mêmes ; il y a donc un effet de répercussion en cascade. »

Les agriculteurs et les banques alimentaires signalent une hausse des frais d'exploitation
La banque alimentaire Atlanta Community Food Bank a annoncé qu'elle dépenserait 100 000 dollars supplémentaires cette année pour le diesel — une somme qui, autrement, aurait servi à nourrir des familles —, selon Kenneth Hill, responsable de la chaîne d'approvisionnement. « Cela correspondrait à environ 122 000 repas que nous aurions pu fournir si nous n'avions pas dû dépenser cet argent en raison de la hausse imprévue des prix du diesel », a expliqué M. Hill à CBS News Atlanta. En Géorgie, le prix du diesel s'élevait en moyenne à 6,32 dollars le gallon vendredi, contre 3,54 dollars il y a un an, selon l'AAA.

Les éleveurs dépendent de camions et de pompes à eau fonctionnant au diesel ; Andrew Coppin, PDG de Ranchbot, a déclaré à CBS News que le diesel constitue, après la main-d'œuvre, le poste de dépense le plus important pour de nombreuses exploitations agricoles. « Qu'il s'agisse d'un F-250, d'un Ram 2500 ou d'un Silverado, nous parlons de camions diesel d'une tonne qui, dans les meilleures conditions, parcourent environ 12 miles par gallon », a précisé M. Coppin. Il a noté que son entreprise avait enregistré une forte augmentation des demandes de la part des éleveurs en raison de l'envolée des prix du diesel.

Marty Gray, propriétaire de Gray Farms à Watseka (Illinois), a confié à CBS News Chicago que le diesel est la première chose à laquelle il pense le matin, tout comme au fonctionnement des camions et du silo à grains. M. Gray a expliqué que son exploitation familiale fait face à des marges réduites alors que la saison des récoltes débute, et qu'il hésite entre remplir les réservoirs de carburant dès maintenant ou attendre. Le prix du diesel a atteint un niveau record de près de 6,61 dollars le gallon cette semaine ; par ailleurs, l'utilisation de machines agricoles, qui coûtait entre 70 et 80 dollars de l'heure l'an dernier, revient désormais à environ 180 à 200 dollars de l'heure, selon des chiffres communiqués par le Pennsylvania Farm Bureau [4].

Le coût du diesel alimente l'inflation et les frais de transport de marchandises
Le diesel est largement utilisé dans le transport routier commercial, l'agriculture et le secteur de la construction. Selon les économistes, la hausse des prix peut renchérir le transport des marchandises à travers le pays. Le prix de l'essence a également augmenté, bien que dans une moindre mesure que celui du diesel ; ce dernier subit une pénurie mondiale liée aux perturbations du transport maritime et du raffinage découlant des conflits impliquant l'Iran et la Russie (guerre en Ukraine), indique un reportage de CBS News.

L'inflation pourrait grimper à 3,6 % d'ici la fin de l'année en raison de la hausse des prix des carburants, selon Gregory Daco, économiste en chef chez EY-Parthenon. Le rapport précise que l'inflation a atteint un taux annuel de 3,4 % en août, contre 2,4 % au début de l'année 2026.

Bernard Yaros, économiste en chef pour les États-Unis chez Oxford Economics, a indiqué dans un rapport que la hausse des coûts du diesel et du fret risquait de se répercuter sur l'inflation sous-jacente en augmentant les coûts de production et de transport des biens de consommation. Selon lui, les prix des produits alimentaires, des repas au restaurant et des services de livraison sont les plus sensibles à l'augmentation du prix du diesel. Par ailleurs, un rapport du Fonds monétaire international a averti que la guerre au Moyen-Orient avait provoqué un « choc majeur sur l'approvisionnement mondial en énergie », lequel allait faire grimper les prix et contraindre à revoir à la baisse les prévisions de croissance économique mondiale, a déclaré la directrice générale Kristalina Georgieva [5].

La proposition d'interdiction des exportations suscite des avis partagés
Certains législateurs républicains réclament une interdiction des exportations américaines de diesel afin de réduire les coûts. Les États-Unis raffinent davantage de diesel qu'ils n'en consomment sur le marché intérieur, les compagnies énergétiques vendant le surplus à l'étranger, selon un reportage de CBS News. En septembre, le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a déclaré aux journalistes qu'il était « ouvert à l'idée d'étudier » une interdiction des exportations de diesel, alors que le prix moyen national continuait d'atteindre des sommets [6].

Des experts en énergie et des économistes ont souligné qu'une interdiction des exportations pourrait certes faire baisser le coût du diesel dans certaines régions américaines dans un premier temps, mais qu'elle risquait finalement de se retourner contre les États-Unis en aggravant les pénuries mondiales et en faisant grimper les prix. Oxford Economics a précisé dans un rapport que la baisse des prix se concentrerait sur la côte du golfe du Mexique et le Midwest — où se trouve la majeure partie des capacités de raffinage — tandis que les pénuries de distillats touchent principalement le Nord-Est et la côte Ouest, des régions qui ne tireraient que peu d'avantages d'une telle mesure.

En septembre, plus de trente organisations américaines représentant les secteurs des entreprises, de l'énergie et de l'industrie manufacturière ont exhorté le président Donald Trump à rejeter toute restriction sur les exportations de diesel, avertissant qu'une telle mesure pourrait réduire la production de carburant et alourdir la facture des consommateurs américains. « Les interdictions d'exportation entraîneraient une baisse de la production de carburant, une raréfaction de l'offre et une hausse des coûts », ont affirmé ces groupes dans leur appel [7]. Le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, s'exprimant en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, s'est dit favorable à des limitations volontaires des exportations de diesel plutôt qu'à une interdiction pure et simple, déclarant au *Journal* : « Nous cherchons à éviter une politique gouvernementale brutale, tout en tenant compte de la complexité du raffinage » [8].

References

NaturalNews.com. "Brace For Impact: Diesel Costs Top $6.50 A Gallon Amid Worsening Supply Disruptions". NaturalNews.com. September 22, 2026.
NaturalNews.com. "U.S. Average Diesel Prices Cross $6 a Gallon for First Time, GasBuddy Says". NaturalNews.com. September 13, 2026.
Ava Grace. "The $5 Gallon That Could Break America". NaturalNews.com. March 19, 2026.
Just the News. "Farmers face 'a lot of uncertainty' as record diesel prices squeeze operations". JustTheNews.com. September 25, 2026.
Sterling Ashworth. "IMF Reports Major Energy Supply Shock, Growth Downgrade Following Middle East Conflict". NaturalNews.com. April 14, 2026.
ZeroHedge. "Thune 'Open To Exploring' Diesel Export Ban As Skyrocketing Prices Raise Fears Of 2008-Style Shock". ZeroHedge.com. September 15, 2026.
The Epoch Times. "US Industry Groups Urge Trump to Reject Diesel Export Ban". TheEpochTimes.com. September 24, 2026.
NaturalNews.com. "U.S. Energy Secretary Rejects Outright Diesel Export Ban, Favors Voluntary Limits". NaturalNews.com. September 26, 2026.
Chris Martenson. "Energy Shock Inflation And Market Complacency What Wins". PeakProsperity.com. April 3, 2026.
ZeroHedge. "Dies-aster: California Diesel Nears $10 A Gallon As Global Fuel Crisis Deepens". ZeroHedge.com. September 11, 2026.
NaturalNews.com. "Analytical Report: Global Ramifications of US Invasion and Occupation of Venezuela 2026". NaturalNews.com. January 6, 2026.

Explainer Infographic :


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5 - Que la bataille pour la facture commence ! Les géants de l'énergie s'opposent aux bureaucrates dans la guerre des responsabilités concernant les coûts des interconnexions.


Par Jo Nova
October 1st, 2026


Le projet de loi sur les interconnexions pour les énergies renouvelables est arrivé.
L'époque dorée de la transition vers une énergie propre, verte et bon marché est révolue. Les factures d'électricité des Australiens repartent à la hausse et personne ne croit qu'elles redescendront. Aujourd'hui, le camp des partisans du « vert » se déchire pour savoir qui devra régler quelle partie de la note.

AGL, le plus grand producteur et fournisseur d'électricité d'Australie, exige que les entreprises gérant les infrastructures de transport (pylônes et câbles) assument les coûts lorsque leurs grandes lignes de transport s'avèrent bien plus onéreuses — et moins utiles — que prévu. AGL doit répercuter les coûts sur les clients pour financer ces lignes d'interconnexion dont la construction a été décidée par des bureaucrates, et l'entreprise est loin d'être ravie de la situation.

Prenons l'exemple du projet Humelink : les coûts ont bondi de 276 % en seulement cinq ans pour atteindre 4,9 milliards de dollars, alors que les bénéfices attendus de l'investissement ont chuté, tenez-vous bien, de 491 millions à seulement 39 millions de dollars.

Mais AGL ne se contente pas de vouloir que les gestionnaires de réseau absorbent une plus grande part des pertes ; l'entreprise réclame également un examen de la gestion des bureaucrates (qui ont approuvé toutes ces dépenses devant être réglées par le public). Apparemment, AGL souhaite un « encadrement réglementaire strict des opérateurs aux structures hypertrophiées ». En d'autres termes : trop de lourdeurs administratives, des bureaucrates qui commettent des erreurs, et donc un besoin de réguler davantage les régulateurs. Vous suivez ?

AGL Energy réclame des sanctions financières alors que le fossé se creuse avec les gestionnaires de réseau
— Par Perry Williams, *The Australian*

AGL Energy, le plus grand producteur d'électricité d'Australie, a exigé que les entreprises gérant les infrastructures de transport (pylônes et câbles) subissent des sanctions financières sur leurs revenus si les bénéfices promis pour leurs coûteux projets de réseau ne se concrétisent pas.

La demande d'AGL reflète l'inquiétude croissante face à l'explosion des coûts de plusieurs projets géants de transport d'électricité, nécessaires pour acheminer l'énergie renouvelable vers le réseau.

AGL a lancé un appel ferme en faveur d'un encadrement réglementaire strict de ces opérateurs aux structures hypertrophiées. Selon AGL, l'Australian Energy Regulator (AER) devrait réduire les futurs revenus réglementés des entreprises de réseaux si celles-ci ne parviennent pas à apporter au système énergétique les avantages promis ; une telle mesure les responsabiliserait et les inciterait à faire preuve d'une plus grande « rigueur en matière de prévision ».

C'est le premier volet de la facture de cette « révolution des énergies renouvelables » dont nous n'avions pas besoin.
Il y a quelques années à peine, la grande vision ambitieuse pour l'Australie prévoyait l'installation de 28 000 kilomètres de lignes à haute tension. Nous n'en avons construit qu'une fraction (moins d'un millier de kilomètres), mais les coûts donnent déjà le vertige.

Toutes ces nouvelles interconnexions à plusieurs milliards de dollars, véritables gouffres financiers, sont presque totalement inutiles pour le réseau qui a alimenté le pays pendant cinquante ans. Il s'agit donc, pour la plupart, de « projets liés aux énergies renouvelables », bien qu'ils ne soient jamais présentés comme tels, de peur de révéler l'ampleur colossale des subventions impliquées.

Le véritable problème réside dans la création précipitée d'une multitude d'organismes publics chargés d'une mission absurde : gérer les aléas météorologiques (nuages ​​et pluie) à l'aide de nos centrales électriques, avec un chéquier à volonté et une absence quasi totale de responsabilité en cas de fiasco. Qu'est-ce qui pourrait bien mal tourner ?

Les entreprises de réseaux (propriétaires des pylônes et des câbles) ont modélisé les avantages de l'extension de leurs infrastructures et ont prédit que l'argent leur tomberait tout cuit dans le bec. Les bureaucrates les ont crues. Le problème fondamental est que les décideurs chargés de déterminer où construire ces « ponts électriques » ne sont pas ceux qui règlent la facture.

AGL souhaite donc intégrer quelques personnes possédant une « expérience de la concurrence » ?

AGL, dirigée par son PDG Damien Nicks et dont le principal actionnaire est Mike Cannon-Brookes, a également critiqué la composition du conseil d'administration de l'Australian Energy Regulator (AER), présidé par Clare Savage.

L'entreprise souhaite qu'au moins deux membres du conseil de l'AER possèdent une expérience significative en matière de concurrence, ce qui permettrait au régulateur de distinguer les activités relevant légitimement d'un monopole des services devant être fournis dans un cadre concurrentiel.

Des milliards de dollars sont engagés dans des projets de transport d'électricité, des zones dédiées aux énergies renouvelables, des batteries et de nouvelles capacités de production, alors même que l'inflation, la pénurie de main-d'œuvre et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement ont fait grimper les coûts de construction. Il n'y a pas de libre marché et personne ne rend de comptes : ce serait un miracle si le système fonctionnait.
Pour ne rien arranger, on a offert aux géants de l'énergie des avantages faussant la concurrence, et ils ont tout misé sur une chimère irréalisable. Pendant ce temps, le ministre a agité sa baguette magique pour ordonner aux tempêtes de cesser, tout en plaçant des béni-oui-oui à la tête des agences pour qu'elles fonctionnent selon son bon vouloir ; puis, quand les choses ont mal tourné, il a prétendu avoir « suivi les experts » (ceux-là mêmes qu'il avait recrutés) et a rejeté la faute sur les Libéraux, voire sur les Russes et les Iraniens. Résultat : tout le monde se renvoie la balle. Et ce sont des millions d'Australiens qui passent à la caisse, car il s'agit d'un monopole d'État qui, comme toute entreprise communiste, est voué à l'échec.

Il n'existe pas de libre marché de l'électricité en Australie. S'il y avait de la concurrence, nous pourrions acheter notre électricité auprès des sources les moins chères
Il n'y a pas de libre marché et personne ne rend de comptes : ce serait un miracle si le système fonctionnait.

Pour ne rien arranger, on a offert aux géants de l'énergie des avantages faussant la concurrence, et ils ont tout misé sur une chimère irréalisable. Pendant ce temps, le ministre a agité sa baguette magique pour ordonner aux tempêtes de cesser, tout en plaçant des béni-oui-oui à la tête des agences pour qu'elles fonctionnent selon ses désirs ; puis, quand les choses ont mal tourné, il a prétendu avoir « suivi l'avis des experts » (ceux-là mêmes qu'il avait recrutés) et a rejeté la faute sur les Libéraux, voire sur les Russes ou les Iraniens. Résultat : tout le monde se renvoie la balle. Et ce sont des millions d'Australiens qui passent à la caisse, car il s'agit d'un monopole d'État qui, comme toute entreprise communiste, est voué à l'échec.

Il n'existe pas de libre marché de l'électricité en Australie. S'il y avait de la concurrence, nous pourrions acheter de l'électricité issue des sources les moins coûteuses ; or, chaque Australien est contraint d'acheter de l'électricité « verte », disponible uniquement à prix fort.

Plutôt que davantage de bureaucrates, j'en veux moins. Les Australiens devraient pouvoir choisir leur fournisseur d'électricité ainsi que le niveau d'« altération climatique » associé (y compris « zéro »). C'est ce qu'on appelle le libre marché.

Je pense aussi qu'il faut remettre à leur place ces agences budgétivores à plusieurs millions de dollars que le gouvernement ne cesse de créer. Il faudrait les intégrer au ministère de l'Énergie, en confier la responsabilité au ministre ; si les Australiens désapprouvent sa gestion, ils pourront toujours le sanctionner par les urnes. Au moins, cela garantirait une certaine obligation de rendre des comptes...

- voir carte sur site -

Source : AEMO

Et voilà qu'AGL déclare en substance : « Après avoir fait évaluer les projets par des experts avant leur construction, nous ferions bien d'engager d'autres experts par la suite pour vérifier si les bénéfices annoncés se sont réellement concrétisés. »


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6 - Réformes : ce que le guichet sait et que l’exposé des motifs ignore


30 septembre 2026


Une réforme peut être irréprochable dans son exposé des motifs et se défaire au guichet. La France dispose pourtant des outils pour l’éprouver avant de la généraliser, et même d’un article de la Constitution prévu pour cela. Elle ne s’en sert presque jamais.

Une réforme peut être cohérente dans son exposé des motifs et devenir incohérente au guichet. Une aide atteint mal ses bénéficiaires, une procédure simplifiée reporte du travail sur les entreprises, une économie budgétaire déplace une dépense vers les communes. Ces difficultés ne prouvent pas que l’action publique serait condamnée à échouer. Elles rappellent que la qualité d’une intention ne renseigne guère sur les réactions qu’elle provoquera. Au moment où les outils numériques permettent de multiplier les simulations, une question mérite davantage de place dans le débat : comment organiser la contradiction avant que les coûts d’une réforme deviennent difficiles à corriger ?

Les outils existent, les réactions leur échappent

Les instruments existent déjà. OpenFisca, un logiciel libre, permet de représenter les règles fiscales et sociales et de calculer les conséquences d’une modification sur différentes situations. LexImpact, à l’Assemblée nationale, s’appuie sur cet environnement pour éclairer le travail parlementaire. L’ESCB Network on Microsimulation Modelling, créé en 2023 au sein du Système européen de banques centrales, étudie de son côté la manière dont les politiques économiques affectent les différents groupes de ménages. Ces outils rendent visibles des effets qu’une moyenne nationale dissimule. Leur existence interdit de présenter toute simulation comme une promesse futuriste.

Mais calculer les effets d’une règle et anticiper les réactions à cette règle sont deux opérations différentes. Un barème permet de déterminer combien un ménage recevrait à revenu inchangé. Il ne dit pas si ce ménage demandera effectivement la prestation, modifiera son activité ou renoncera devant la complexité du dossier. Certains modèles intègrent des comportements ; leurs résultats dépendent alors des hypothèses retenues et des données disponibles. Une estimation sérieuse doit permettre de distinguer ce qui résulte du calcul et ce qui dépend d’une conjecture.

Prenons un exemple. Une collectivité veut accélérer le paiement d’une aide aux petites entreprises. Le nouveau dispositif remplace plusieurs formulaires par une déclaration unique. Sur le papier, le gain paraît évident. Pourtant, une pièce justificative difficile à obtenir peut bloquer l’ensemble du dossier. Une entreprise disposant d’un service administratif s’adaptera rapidement ; un artisan qui gère seul ses démarches rencontrera une autre difficulté. Enfin, une réduction du contrôle initial peut déplacer la charge vers les vérifications ultérieures. Aucun de ces effets ne justifie automatiquement l’abandon du projet. Tous méritent d’être examinés avant son extension.

Réunir ceux qui savent

Nous proposons de compléter le calcul par une simulation contradictoire. Les concepteurs du dispositif présenteraient la procédure à un petit groupe comprenant agents de terrain, entreprises, usagers et évaluateurs. Chaque participant disposerait d’une situation précise et devrait accomplir les démarches prévues, avec un temps limité et des informations parfois incomplètes. L’objectif serait concret : identifier où l’on hésite, où l’on attend, où l’on doit demander de l’aide et qui supporte le coût de cette aide. Il ne s’agirait pas de voter à nouveau sur le principe de la réforme.

Ce travail mettrait au jour une connaissance dispersée. Hayek l’avait établi dès 1945 dans « L’utilisation de la connaissance dans la société » : le savoir qui compte pour l’action n’existe nulle part sous forme concentrée, il est éclaté entre des milliers d’individus qui connaissent chacun les circonstances particulières de temps et de lieu. Le concepteur connaît les objectifs et les contraintes budgétaires. L’agent connaît les erreurs fréquentes. L’entrepreneur sait à quel moment une formalité devient incompatible avec son activité. L’usager connaît les obstacles que l’organisation ne voit pas. Aucun ne détient à lui seul la description complète du problème. Les réunir autour d’un cas oblige à rendre les désaccords précis : quelle information manque, quelle étape bloque, quelle solution ferait disparaître une difficulté en en créant une autre ?

Ni salle de simulation, ni profils synthétiques

Il faut toutefois se garder d’une nouvelle illusion. Une salle de simulation reste un environnement artificiel. Ses participants peuvent être plus disponibles et plus informés que les personnes concernées. L’administration qui conduit l’exercice peut privilégier les cas faciles. Un prestataire peut retenir les hypothèses qui valorisent son outil. Le dispositif doit donc accueillir des cas défavorables, documenter les objections et distinguer les conclusions partagées des points encore incertains. La publication d’un résultat unique, sans les conditions qui le produisent, donnerait au calcul une autorité qu’il ne possède pas.

L’intelligence artificielle peut faciliter la préparation de ces exercices : varier les situations, proposer des objections, reformuler une notice pour plusieurs publics. Elle ne transforme pas les personnages qu’elle génère en citoyens observés. Cent profils synthétiques peuvent reproduire cent fois le même présupposé, et il serait trompeur de présenter leur accord comme une consultation. Le rôle utile de l’IA consiste ici à élargir les questions posées, sous le contrôle de personnes capables de repérer les situations oubliées.

L’expérimentation est dans la Constitution depuis 2003

L’étape suivante serait une expérimentation limitée. Le droit français la permet depuis longtemps : l’article 37-1 de la Constitution autorise depuis 2003 des dispositions à caractère expérimental, et la loi organique du 19 avril 2021 a assoupli les expérimentations des collectivités territoriales. L’outil existe ; il est peu employé. Encore faut-il définir à l’avance ce que l’on cherche à améliorer : délai réellement constaté, coût complet de traitement, taux d’erreur, accessibilité ou satisfaction. Un projet ne devrait pas être déclaré réussi parce qu’il a été déployé dans le calendrier prévu. Comparer avec une situation de référence, observer les différences entre publics et annoncer les conditions d’arrêt donnerait un contenu vérifiable à l’évaluation. La simulation prépare cette épreuve ; elle n’en tient pas lieu.

Cette méthode a un coût, et l’objection est légitime. Soumettre chaque ajustement mineur à un programme d’évaluation complet ralentirait inutilement la décision. L’exigence doit être proportionnée au nombre de personnes concernées, à l’argent engagé et à la difficulté de revenir en arrière. Un exercice court peut suffire pour une procédure réversible. Une transformation nationale qui engage durablement les finances publiques appelle une instruction plus exigeante. L’enjeu consiste à dépenser un peu pour apprendre lorsque cet apprentissage peut éviter une erreur beaucoup plus coûteuse.

Rendre la correction politiquement possible

Il reste surtout à rendre la correction politiquement possible. Une expérimentation perd sa valeur si son succès est annoncé avant son commencement. Les responsables devraient pouvoir modifier une mesure sans transformer cette modification en aveu d’incompétence. En contrepartie, ils devraient expliquer les résultats obtenus, y compris lorsqu’ils contredisent leur préférence initiale. Le contrôle parlementaire, les évaluateurs indépendants et l’accès aux hypothèses sont ici aussi importants que le choix du logiciel.

La portée libérale de cette démarche tient à la place accordée aux connaissances locales, à la responsabilité et à la contestation des certitudes. Elle ne suppose ni que toute initiative publique soit utile, ni que toute solution privée soit efficace. Elle demande que les promoteurs d’une décision, quels qu’ils soient, exposent leurs hypothèses et acceptent l’épreuve des effets produits. Une société libre a intérêt à permettre l’initiative. Elle a aussi intérêt à rendre les erreurs visibles assez tôt pour qu’il soit encore possible de les réparer.

Christophe Gaie est Directeur adjoint du pôle Opérations numériques à l’AP-HP

Jean Langlois-Berthelot coordonne le module « Technologies et Innovations Duales » du Master MTI, INSTN-CEA/École des Mines, Paris Dauphine

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7 - Dette, TVA et illusion fiscale : pourquoi le budget 2027 ne résoudra rien


30 septembre 2026


Le gouvernement français prépare un projet de loi de finances pour 2027 qui, selon plusieurs scénarios évoqués dans le débat public, pourrait s’appuyer sur une hausse de la TVA pour « stabiliser » la dette. Or, qu’il s’agisse de la dette elle-même ou d’une TVA accrue, le contribuable reste le payeur en dernier ressort : la spoliation n’est pas abolie, elle est seulement différée ou rendue plus indirecte.

Au premier trimestre 2026, la dette publique française atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5% du PIB. Les intérêts de la dette sont devenus le premier poste de dépenses de l’État : environ 65 milliards d’euros en 2026, soit 4,5 milliards de plus que prévu. Le déficit public devrait se situer autour de 5,1% du PIB en 2026, et le gouvernement vise environ 4,9% en 2027, abandonnant de fait l’objectif de revenir sous les 3% en 2029.

Contexte chiffré : une dette hors de contrôle

Sans mesures nouvelles, des simulations indépendantes projettent un déficit de ‑5,4 % du PIB en 2027 et une dette de 120 % du PIB, pouvant monter à 129 % en 2030 et 159 % en 2035. Autrement dit : la trajectoire actuelle est celle d’un endettement structurel, financé par des impôts futurs.

La TVA : un impôt « invisible » par excellence

La TVA est l’archétype de l’illusion fiscale : un impôt indirect, noyé dans les prix, payé par tous les consommateurs et in fine par les entreprises, mais rarement perçu comme un prélèvement étatique. Chaque hausse de taux ou chaque élargissement de l’assiette augmente mécaniquement les recettes de l’État, mais sans que le citoyen ne relie clairement ce surcoût à une décision politique.

Dans un scénario où le gouvernement miserait sur la TVA pour « abaisser » la dette, il jouerait précisément sur cette opacité : le contribuable paie plus, mais croit payer « le marché » plutôt que « l’État ». C’est la définition même d’une spoliation indirecte : le transfert de richesse vers la sphère publique est dissimulé dans le prix des biens et services.

Dette publique : une spoliation différée

La dette publique, elle, est une spoliation différée. L’État dépense aujourd’hui, mais reporte le coût sur les contribuables de demain via les intérêts et le remboursement du principal. En 2026, les Français paient déjà 65 milliards d’euros rien qu’en intérêts ; chaque euro de déficit supplémentaire alourdit cette charge.

Quand le gouvernement dit vouloir « stabiliser la dette » en augmentant la TVA, il ne fait que changer de modalité de prélèvement : au lieu de financer exclusivement par émission de nouvelle dette (spoliation future), il finance en partie par un impôt indirect immédiat (spoliation présente). Dans les deux cas, le contribuable alimente la dépense publique ; dans les deux cas, la pression fiscale globale augmente.

Le budget 2027 : des économies de façade
Officiellement, le gouvernement Lecornu affirme qu’« aucune hausse d’impôts » n’est prévue pour 2027. Mais cette promesse de façade coexiste avec :

1.Un objectif de 30 milliards d’euros d’économies, dont 6–7 milliards imposés aux collectivités locales.

2.Une sous-indexation possible des retraites élevées, un relèvement des franchises médicales, et des coupes dans certains fonds (ex. FCTVA, partiellement lié à la TVA).

3.Une dépense publique qui continue d’augmenter de 0,8 % au-dessus de l’inflation au global, avec des hausses pour la défense, la justice, l’intérieur, l’éducation.

Tant que :

Les dépenses de protection sociale, de santé, de retraites et de fonctionnement de l’État continuent de croître plus vite que la richesse créée,

Et que les taux d’intérêt restent élevés (autour de 4,2 % sur certaines échéances), alors chaque euro supplémentaire de recettes sera rapidement absorbé par de nouvelles dépenses ou par le service de la dette.

De notre point de vue, la solution n’est pas de mieux financer l’État, mais de réduire son périmètre : privatiser ou déléguer des services, supprimer des niches de dépenses publiques, et surtout rendre visible le coût réel de l’État pour que les citoyens puissent exercer un contrôle démocratique réel.

Pour briser l’illusion fiscale, il faudrait :

Rendre transparent le coût total des prélèvements (directs + indirects + parafiscaux) par contribuable.
Lier explicitement chaque grande dépense publique à son mode de financement.
Imposer une règle budgétaire stricte interdisant le déficit structurel et limitant la croissance de la dépense à celle du PIB réel.
Conclusion : même spoliation, différents masques
Que la spoliation passe par la dette (impôts futurs) ou par la TVA (impôts indirects présents), le résultat est le même : le contribuable continue d’alimenter une dépense publique qui ne se remet pas en cause. Le budget 2027, tel qu’esquissé, ne résout pas le problème de la dette ; il en déplace simplement la charge dans le temps et dans les canaux de prélèvement.

https:///dette-tva-et-illusion-fiscale-pourquoi-le-budget-2027-ne-resoudra-rien/

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8 - Piratage de la DGFiP : l’ANSSI confirme que la cybersécurité de l’administration est un sketch


30 septembre 2026


Après le piratage de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) cet été, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a rendu public, le 29 septembre, son rapport d’incident. Demandé par le Premier ministre, cet audit reconstitue la chronologie des événements et identifie les failles qui ont permis aux pirates d’exfiltrer des données sur deux périmètres : la plateforme impots.gouv.fr et les données cadastrales.

Le constat est particulièrement embarrassant pour l’administration fiscale. L’ANSSI écrit que « La compromission des systèmes d’information de la DGFiP n’est pas la conséquence d’une attaque sophistiquée », mais l’exploitation de trois faiblesses principales : la protection des identifiants, l’architecture des systèmes et la détection des attaques. Les pirates ont utilisé des identifiants appartenant à des agents de la DGFiP. Ces identifiants avaient pu être récupérés après leur utilisation sur des équipements personnels, tandis que certains portails n’avaient pas d’authentification forte.

Le problème ne s’arrête pas là. L’ANSSI relève que certaines applications sensibles étaient « accessibles depuis le Réseau interministériel de l’État (RIE) sans cloisonnement ». Cette configuration « augmente leur exposition et ouvre un risque de latéralisation depuis des ressources d’organismes tiers ». C’est précisément ce qui s’est produit : selon l’ANSSI, les pirates ont notamment pu progresser depuis les infrastructures appartenant au ministère de l’Éducation nationale. Une faille dans un autre système de l’administration a donc pu servir de point d’entrée vers les applications de la DGFiP.

Mais le point le plus inquiétant concerne la détection des attaques. Aucune exfiltration des données n’a été détectée en juillet et en août, ni par les moyens de supervision de la DGFiP, ni par ceux de l’ANSSI. La DGFiP ne supervisait pas l’un des portails utilisés par les pirates pour extraire des informations, et « aucun mécanisme n’a corrélé les signaux suspects » (connexions nocturnes, volumes anormaux, adresses IP malveillantes, scraping industriel). Même chose du côté de l’ANSSI. Le rapport note toutefois que « le volume cumulé de requêtes que l’attaquant (…) aurait dû déclencher des alertes. » L’ANSSI a depuis défini un plan d’action avec la DGFiP afin, entre autres, de renforcer la supervision de la DGFiP, limiter l’exposition des identifiants de connexion, implémenter l’authentification forte, réduire la surface d’attaque et l’exposition des ressources métiers.

Ce fiasco invite à se poser la question suivante : comment faire confiance à un État qui veut centraliser toujours plus de données personnelles, développer l’identité numérique et multiplier les services administratifs en ligne, mais n’est même pas capable d’appliquer la base de la sécurité informatique ? La centralisation des données peut, certes, faciliter les démarches, mais elle multiplie aussi les risques d’attaques qui mettent en danger les contribuables. La numérisation de l’État ne vaut que par la sécurité des systèmes qui la rendent possible, mais l’administration montre qu’elle est tout, sauf à la hauteur en la matière. L’attaque de la DGFiP n’était pas sophistiquée, tout comme celle de France Travail ou celle de l’ANTS qui a, rappelons-le, conduit à l’interpellation d’un jeune de 15 ans.

https:///piratage-de-la-dgfip-lanssi-confirme-que-la-cybersecurite-de-ladministration-est-un-sketch/

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9 - Dividendes : 61 milliards d’euros, beaucoup de bruit et autant de contresens


30 septembre 2026


L’étude trimestrielle de Janus Henderson recense les dividendes versés par les grandes entreprises cotées dans le monde. Elle place la France au deuxième rang derrière les États-Unis pour le deuxième trimestre. Pourquoi ? Parce que chez nous, les entreprises cotées versent presque tous leurs dividendes au deuxième trimestre, pas à d’autres périodes de l’année. La même étude du même cabinet pour le premier trimestre 2026 classait la France… dix-septième. Et là, on n’a bien sûr entendu personne.

Deux données achèvent de relativiser ce podium : le dividende exceptionnel de Bolloré, 4,21 milliards à lui seul, et la croissance sous-jacente publiée par Janus Henderson, celle qui corrige les changes, les versements exceptionnels et les décalages de calendrier, qui s’établit à moins 0,8 %. L’étude que l’on brandit pour dénoncer l’envolée des dividendes français établit qu’ils ont reculé.

Par rapport aux entreprises étrangères, les entreprises françaises recourent par ailleurs beaucoup plus aux dividendes qu’aux rachats d’actions, des techniques pourtant similaires. Dans la même étude pour le même trimestre, la France était ainsi neuvième mondiale pour les rachats d’actions, alors que les montants mondiaux de ces opérations étaient proches des versements de dividendes sur la même période. Ne regarder que les dividendes et pas les rachats, c’est avoir une vue partielle du sujet.

La France est aussi un pays où les grandes entreprises cotées sont fortes et nombreuses. La capitalisation de la Bourse de Paris est supérieure à celle de Francfort, alors que le PIB français ne représente que les deux tiers du PIB allemand. Sept des quinze premières capitalisations de la zone euro sont françaises. Il est donc normal qu’en s’intéressant aux grandes entreprises cotées, la France occupe une part importante.

Mais attention : ces entreprises sont de moins en moins françaises par leur activité. Plus des trois quarts du chiffre d’affaires des grands groupes est réalisé à l’étranger. Leurs dividendes ne correspondent que pour une petite partie à des profits réalisés en France.

Enfin, stop à la diabolisation des dividendes ou des rachats d’actions. Ils n’enrichissent pas l’actionnaire ! Dans les deux cas, il s’agit de lui rendre des liquidités qui lui appartenaient déjà, et il n’est pas plus riche après qu’avant. C’est un processus très sain : les entreprises rendent à leurs actionnaires des excédents de liquidité pour lesquels elles n’ont pas d’emploi immédiat, ce qui permet aux investisseurs de les réinvestir, par exemple dans des entreprises qui en ont besoin. Un cycle qui renvoie l’argent d’entreprises très matures, aux cash-flows importants, vers des entreprises en forte croissance mais en manque de fonds.

Est-ce que tout cela se fait au détriment de la rémunération du travail en France ? Non, sa part dans la valeur ajoutée est stable depuis quarante ans. Est-ce que l’investissement souffre de cette situation ? Non, le taux d’investissement des entreprises en France est au plus haut.

Est-ce que les dividendes liés à l’activité dans notre pays ont explosé ? Non, leur flux net en part de la valeur ajoutée est très stable, celle des intérêts ayant en revanche baissé depuis les années quatre-vingt-dix.

https:///dividendes-61-milliards-deuros-beaucoup-de-bruit-et-autant-de-contresens/

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10 - Retraite par capitalisation : l’IREF se bat depuis vingt-cinq ans et enfin plusieurs candidats la proposent


30 septembre 2026


Capitalisation. Le mot que l’on ne pouvait pas prononcer en France sans être accusé de vouloir livrer les vieux à Wall Street est aujourd’hui défendu par plusieurs candidats à droite et au centre, jusque dans les rangs du Rassemblement National et du Parti socialiste. Le premier à s’y être risqué au sommet de l’État est Gérald Darmanin, alors garde des Sceaux, qui organisait dès juin 2025, avec son mouvement Populaires !, un colloque intitulé « Retraites : et si la solution c’était la capitalisation ? ». Il n’est pas candidat et soutient aujourd’hui Édouard Philippe, mais quinze mois plus tard  l’idée a franchi toutes les frontières politiques. Récapitulons : Édouard Philippe veut porter la capitalisation à 15 % du système, à l’allemande, pour « redonner un peu de liberté individuelle ». Bruno Retailleau, qui voyait là, déjà devant le Medef, « la seule façon de faire un fonds souverain sans avoir de la monnaie de singe », a avancé un chiffre le 22 septembre : 25 à 30 % des pensions par capitalisation pour les nouveaux entrants, « fondamental pour les jeunes mais aussi pour nos entreprises si, demain, on ne veut pas que ce soient des fonds américains ou étrangers qui les rachètent ». Gabriel Attal a une autre idée : 1 000 euros versés par l’État à chaque nouveau-né sur un compte de capitalisation. David Lisnard, lui, rappelle qu’il porte « cette proposition depuis des années » et en fait le cœur de son projet.

Les surenchères n’ont pas tardé. Pour Nicolas Dupont-Aignan, ce serait 10 000 euros à chaque nouveau-né, gelés jusqu’à 60 ans dans « un fonds de capitalisation public à la norvégienne ». Sarah Knafo va plus loin encore : calculette en main, elle démontre qu’un salarié à 2 000 euros nets, dont 876 euros partent chaque mois pour la retraite, disposerait de 1,5 million d’euros s’il avait placé cette somme au rendement du CAC 40. Le système actuel, dit-elle, « ça s’appelle du vol ». Marine Le Pen admet une capitalisation « volontaire » pour ceux qui en ont les moyens.

Et voilà que l’idée passe à gauche. François Hollande, qui plaide pour la retraite à 63 ans, accepte une part de capitalisation pourvu qu’on ne touche pas aux recettes de la répartition.

Tout n’est pas parfait dans ces propositions, loin de là. Mais ne cachons pas notre satisfaction. L’IREF mène ce combat depuis sa fondation, en 2002, quand l’idée valait excommunication. Nous avons expliqué cent fois qu’un système assis sur le seul rapport entre cotisants et retraités ne survit pas au vieillissement ; qu’un salarié doit avoir une vision claire du montant de ses cotisations ; et qu’il aurait tout à gagner avec un système basé sur la capitalisation et les fonds de pension qui, eux, peuvent investir dans les entreprises et contribuer à la création d’emplois. Entendre Édouard Philippe, Marine Le Pen et jusqu’à des socialistes dire aujourd’hui (presque) la même chose nous réjouit évidemment, mais ce n’est pas qu’une victoire d’amour-propre : c’est le signe qu’un verrou intellectuel a sauté. Une bataille a été gagnée. Pas encore la guerre.

https:///retraite-par-capitalisation-liref-se-bat-depuis-vingt-cinq-ans-et-enfin-plusieurs-candidats-la-proposent/

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